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Convention citoyenne pour le climat


Les 150 citoyens en assemblée plénière.


Convention citoyenne pour le Climat : Organisation et propositions, que retenir de cette expérience démocratique inédite ? Mélanie et Matthias, membres de la Convention citoyenne pour le climat sont venus témoigner de leur expérience pour "Place au Débat !" le 6 juillet 2020.


La création de la Convention citoyenne pour le climat est annoncée par Emmanuel Macron en avril 2019, en réponse au mouvement de contestation sociale des Gilets Jaunes et a pour but de mieux intégrer les citoyens dans les processus de décision, en particulier sur la question de la protection de l’environnement. Le Conseil Economique, Social et Environnemental (CESE), avait proposé dès décembre 2018 la mise en place d’un conseil composé de citoyens tirés au sort qui aurait pour but d’évaluer les politiques publiques mises en place par le gouvernement. Emmanuel Macron charge le CESE de préparer l’organisation de cette Convention.


Comment réduire d’au moins 40% les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030, dans une logique de justice sociale ?


En aout 2019, les 150 citoyens sont tirés au sort puis contactés, et la première session de travail de la Convention a lieu début octobre 2019, avec pour but de répondre à cette question : comment réduire d’au moins 40% les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030, dans une logique de justice sociale? Au total, il y a eu sept sessions de travail d’une durée de trois jours chacune, étalées sur neuf mois, au cours desquelles les citoyens ont progressivement découvert les enjeux liés au changement climatique. Ils ont étudié les différentes pistes de politiques publiques pour y répondre, puis ont imaginé et proposé 149 propositions, réparties en cinq thématiques : se Déplacer, Consommer, se Nourrir, Produire / Travailler et se Loger.


Des citoyens formés


Evidemment pour cela, ils ont bénéficié du support de nombreux intervenants et organisations : des think tanks spécialisés sur les questions climatiques, des scientifiques, des ONG, des représentants de syndicats, des dirigeants de grandes entreprises dans la grande distribution, des économistes etc.


Mélanie Cosnier est maire de la commune de Souvigné-sur-Sarthe. Bien qu’ayant davantage une appétence pour les questions liées aux transports, elle a travaillé sur le télétravail et la participation citoyenne au niveau des territoires. Matthias est actuellement développeur web. Sa participation à la Convention citoyenne découle d’un intérêt pour les problématiques de démocratie directe.

"Une certaine partie des 150 membres de la Convention était déjà relativement sensible à ces sujets, pour autant d’autres n’avaient que peu de connaissances"

Matthias et Mélanie pointent le fait que leurs opinions ainsi que celles des autres participants ont évolué sur certains sujets, bien qu’ils ne soient pas tous devenus des « écolos radicaux » pour citer Mélanie. Toutefois, en découvrant en profondeur l’ampleur des problématiques environnementales, Mélanie a commencé à douter de la capacité des Etats à respecter leurs engagements dans le cadre de la COP21 visant à limiter le réchauffement climatique à 2°C.

Des citoyens sélectionnés selon des critères précis


L’initiative d’organiser une convention citoyenne qui puisse travailler sur les enjeux de l’écologie et de la justice sociale découle directement du mouvement des « Gilets Jaunes », du Grand Débat National et de la volonté manifeste des français de pouvoir prendre la parole sur ces sujets mais aussi d’être mieux entendus par les politiques. C’est pourquoi sa composition tente d’être la plus représentative possible, par exemple en incluant 26% de retraités, 16% d’inactifs ou encore 15% d’employés, tout comme on compte 26% de personnes qui n’ont pas le baccalauréat. Dans cet effort de représentativité on peut souligner que le groupe comptait 51% de femmes et 49% d’hommes à l’image de la population française. Le principal problème fut de trouver des femmes ouvrières ou employées. Mélanie souligne qu’il s’agit de personnes qui n’ont pas pour habitude de prendre la parole et qui peuvent donc douter de leur légitimité à s’exprimer.

"La question nucléaire n’a pas fait partie du compte rendu de la Convention, c’est une question qui a été débattue par ses membres. Ils avaient d’ailleurs émis l’idée de mettre en place des groupes abordant des sujets « transversaux » comme celui de l’énergie"

D’ailleurs c’est à cette occasion que nos intervenants ont pu apprendre davantage et donc nuancer leur avis sur l’énergie nucléaire qui peut susciter beaucoup de controverses. Pour Mélanie - qui s’appuie sur les travaux de Jean-Marc Jancovici -, puisque la production d’énergie nucléaire n’est pas carbonée, opposer nucléaire et énergies renouvelables n’a pas lieu d’être. A ce sujet les interventions de Jean-Marc Jancovici ont permis d’apporter davantage de matière aux débats en soulignant l’impact environnemental des infrastructures d’énergies renouvelables (éolien et photovoltaïque notamment). Mélanie rappelle d’ailleurs que la fermeture des centrales nucléaires en Allemagne a eu un effet délétère pour l’environnement : le pays se voient contraints de continuer à exploiter des centrales à charbon afin de pallier l'intermittence des énergies renouvelables qui ne suffisent pas à elles seules à répondre à toute la demande en électricité du pays.


Des recommandations apportées au niveau européen


Il faut souligner ici que la majorité des mesures environnementales sont gérées par la Commission européenne, ce qui fait que certaines recommandations sont en fait apportées au niveau européen et non pas national : on peut citer par exemple la réforme de la PAC. De fait, il paraitrait naturel qu’à terme l’UE adopte une Convention Européenne pour le Climat. Un premier pas dans cette direction serait donc d’adopter et de mener à bien les mesures déjà proposées au niveau national, afin de donner à la Convention Européenne la légitimité des résultats déjà obtenus en France.


"Penser avoir une croissance exponentielle dans un monde fini est fou"

Toutefois il ne faudrait pas confondre PIB, qualité de vie et bien-être de la société, d’où cette nécessité de plus en plus présente de devoir apprendre à vivre avec des ressources limitées au sein d’un monde fini. C’est pourquoi selon Mélanie la vraie problématique est celle de l’apprentissage : apprentissage des problématiques environnementales mais aussi des bons réflexes pour pouvoir agir au mieux à sa propre échelle. Tous les groupes de travail, sans concertation, sont arrivés à la conclusion que l’information et l’éducation aux enjeux climatiques sont essentielles. Mélanie pointe d’ailleurs ici le fait qu’il s’agit de la seule mesure transversale qui a fait l’unanimité dans tous les groupes.



Edouard CABOT

Crédit photo : vl-media.fr

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